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Pacifier la Libye : le pari fou du Premier ministre Fayez al-Sarraj

Dernière modification : 08/04/2016

© Mahmud Turkia, AFP | Le Premier ministre libyen, Fayez al-Sarraj, le 22 mars 2016 à Tunis.

Texte par FRANCE 24

Il a déjà convaincu les autorités libyennes non reconnues basées à Tripoli de lui céder la place. Mais le Premier ministre Fayez al-Sarraj ne compte pas s'arrêter là. Sa mission : pacifier la Libye.

Nom : Fayez al-Sarraj. Âge : 56 ans. Profession : Premier ministre du gouvernement d'union libyen depuis fin 2015. Mission : pacifier la Libye en proie au chaos. Fait d’armes : est sorti de l'ombre en débarquant le 30 mars d'un navire militaire libyen à Tripoli, bravant l'hostilité des autorités qui faisaient la loi dans la capitale depuis août 2014.

En une semaine, Fayez al-Sarraj a réussi à lancer les premiers pas de "la réconciliation et du règlement de la crise sécuritaire et économique", l'objectif qu'il s'était fixé en arrivant dans la capitale.

Perpétuer la tradition familiale

Cet homme de haute stature, élégant et moustachu, n'est pas inconnu à Tripoli même s'il n'a rejoint la politique qu'en juin 2014. Il y est en effet né en 1960 au sein d'une grande famille aisée, propriétaire de commerces et de vastes terrains. Son père, Mostafa al-Sarraj, a notamment été l'un des pères fondateurs de l'État, au lendemain de l'indépendance en 1951.

C'est son élection en 2014 au Parlement qui lui a permis de perpétuer la tradition d'une famille impliquée de longue date dans la vie sociale et politique du pays. Mais deux mois après son élection, une coalition de milices, Fajr Libya (Aube de la Libye), prend le contrôle de Tripoli. Le gouvernement et le Parlement nouvellement élu sont contraints de prendre la fuite pour se réfugier dans l'est du pays.

Fayez al-Sarraj s'exile ainsi à Tobrouk, où siège depuis le Parlement, et, dans un contexte très tendu, il envoie son épouse et ses trois filles résider à l'étranger.

En décembre 2015, cet architecte de formation est désigné chef d'un cabinet d'union nationale, dont la formation a été appuyée par la communauté internationale effrayée par la progression de l'organisation État islamique (EI) dans le pays. Et ce, en vertu d'un accord signé au Maroc sous l'égide de l'ONU par certains députés des deux Parlements rivaux.

Un leadership en gestation

Coincé à Tunis, il force le destin en débarquant à Tripoli et réussit à obtenir le ralliement successif des autorités économiques et politiques, comme la Banque centrale et la compagnie nationale pétrolière, ainsi que celui de municipalités de villes de l'Ouest et du Sud libyens, tout en espérant convaincre le "gouvernement" rival implanté dans l'Est, à Tobrouk. Jusqu’ici en vain, puisque le gouvernement d'union dirigé par Fayez al-Sarraj a été approuvé par une courte majorité des députés du Parlement non reconnu par la communauté internationale, mais il faut encore un vote solennel pour qu'il soit pleinement légitimé.

Il est "encore trop tôt pour dire si cette phase de consolidation va durer, mais Fayez al-Sarraj, un peu à la surprise générale, a lancé un signal très fort [...] en débarquant à Tripoli depuis la Tunisie", explique Silvia Colombo, spécialiste de la Libye auprès de l'Institut des Affaires internationales à Rome.

"Ce geste semblait impossible compte tenu de la situation sécuritaire mais aussi de la part d'un homme qui, jusqu'à présent, n'a jamais vraiment été un leader", précise-t-elle.

Son leadership politique "est encore toutefois très fragile", avertit l'experte, tant que son gouvernement n'aura pas obtenu le vote de confiance de Tobrouk.

Avant de se lancer en politique, Fayez al-Sarraj avait réussi dans le commerce, poursuivant là encore une tradition familiale. Il avait auparavant passé plusieurs années dans le secteur public, dans les secteurs de la sécurité sociale et des projets publics du BTP.

Salim Ben Hemeda, architecte et ami de jeunesse du Premier ministre, le décrit comme "un homme d'une gentillesse extrême, doux, poli et toujours à l'écoute des autres avec patience et respect". "Cela dit, sa bonté ne l'empêche pas d'être ferme et de dire ce qu'il pense", témoigne-t-il.

Avec AFP
 

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