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Le sommet de l'Union africaine s'empare du conflit au Sahara occidental

Dernière modification : 01/07/2018

© Farouk Batiche, AFP | Selon l'ONU, le Sahara occidental est le dernier territoire africain à décoloniser.

Texte par Romain HOUEIX

Lors du sommet de l'UA à Nouakchott, dimanche 1er juillet, le président de la Commission de l'Union Africaine, Moussa Faki Mahamat, devait dévoiler une feuille de route pour tenter une nouvelle résolution du conflit au Sahara occidental.

C'est un geste symbolique, mais il n'est pas des moindres. Le drapeau de la République arabe sahraouie démocratique (RASD) flotte officiellement pour la première fois ce dimanche 1er juillet sur la route menant à l'aéroport de Nouakchott, qui accueille le 31e sommet de l'Union africaine (UA).

Territoire non-autonome pour l'ONU mais reconnu par la Mauritanie depuis 1984, la République sahraouie n'avait encore jamais eu le droit à cet honneur dans la capitale mauritanienne. Un geste qui traduit la volonté de l'Union africaine – dont la République arabe sahraouie démocratique (RASD) est membre de plein droit depuis 1982 – d'avancer vers une résolution du conflit qui s'éternise depuis plus de 40 ans entre le Maroc et le Front Polisario qui gouverne le Sahara occidental.

Selon l'agence de presse algérienne APS, le président de la Commission de l'UA, Moussa Faki Mahamat, devait dévoiler lors du sommet son rapport sur le Sahara occidental. Cette feuille de route devait être ensuite débattue au niveau des chefs d'État et de gouvernement comme un "point à part et séparé" qui ne rentrera pas dans le cadre "général et global des conflits" examinés par le sommet de l'Union africaine, précise l'agence de presse.

"Ce rapport est très attendu et cristallise les tensions", explique Meriem Amellal, envoyée spéciale de France 24 au sommet. "C'est une mini-victoire pour le Front Polisario, car c'est la première fois que le Sahara occidental sera traité comme une affaire à part et non noyé dans les autres dossiers."

Relancer les négociations entre le Maroc et le Polisario

L'objectif affiché est de relancer des négociations de paix entre le Maroc et le Front Polisario, au point mort depuis dix ans. Le Polisario réclame un référendum d'autodétermination pour le Sahara occidental, une étendue désertique de 266 000 km². Le Maroc rejette toute autre solution qu'une autonomie sous sa souveraineté.

Rabat avait pris à partir de 1975 le contrôle de la majeure partie du Sahara occidental, après le départ de la puissance colonisatrice espagnole. Le Polisario, qui luttait contre la domination espagnole, y a proclamé en 1976 une République sahraouie et combattu les troupes marocaines, jusqu'à un cessez-le-feu conclu en 1991.

Pour préparer son rapport, Moussa Faki Mahamat a effectué une série de visites depuis le dernier sommet de l'Union africaine en janvier dernier. En mars, il a rencontré le ministre algérien des Affaires étrangères, Abdelkader Messahel, et le président mauritanien Mohamed Ould Abdel Aaziz pour connaître leur position en tant que "pays voisin".

Le président mauritanien Mohamed Ould Abdel Aziz : "Il faut une solution dans un sens ou dans un autre"

Ce dernier a redit dimanche 1er juillet dans un entretien à France 24 sa volonté d'aboutir à qu'une solution aboutisse "dans un sens ou dans l'autre".

"Il faut une solution qui sorte notre région et les Sahraouis de cette situation, dans un sens ou dans l'autre", a-t-il déclaré. "Il faut qu'il y ait une entente entre les différents partis."

Les 6 et 7 juin dernier, il s'est rendu à Rabat avant de clarifier la position marocaine sur le sujet. Le président de la Commission de l'UA a également visité les camps de réfugiés sahraouis de Tindouf, où il s'est entretenu avec les officiels du Polisario.

Le Maroc ne veut pas de la médiation de l'UA

Le Maroc a toujours repoussé toute médiation de l'UA sur la question sahraouie. Pour le royaume, ce dossier appartient à l'ONU. Cependant, la réintégration de Rabat dans l'UA en janvier 2017 pourrait avoir changé la donne.

Pour le chef de la diplomatie du Front Polisario, Mohamed Salem Ould Salek interrogé par l'APS, le Maroc a signé et ratifié l’acte constitutif de l'UA, il lui est donc "interdit d’usurper les territoires d’autrui en moyennant l’utilisation de la force".

Cependant, le chef de la diplomatie sahraouie reste méfiant : "Le Maroc a toujours tenté de dessaisir l’UA de cette la question", rappelle-t-il.

La désapprobation marocaine envers la position de l'UA explique certainement l'absence du roi Mohamed VI, qui a décidé de se faire représenter par son ministre des Affaires étrangères, Nasser Bourita, lors du sommet de Nouakchott.

L'ONU s'active de son côté

Le scénario d'une médiation de l'UA a pourtant les faveurs du Polisario et de l'Algérie, ainsi que l'envoyé spécial de l'ONU pour le Sahara occidental, Horst Köhler, qui s'active en ce sens. Nommé en août 2017, il a entrepris du 23 juin au 1er juillet une tournée régionale, sa deuxième en moins d'un an, pour relancer des négociations de paix entre le Maroc et le Polisario.

Cette tournée d'Horst Köhler a permis à chacun de réaffirmer son point de vue : le Polisario souhaite que la relance des négociations permette "de préparer la voie à l'accès du peuple sahraoui à son droit à l'autodétermination" ; Rabat insiste sur "la souveraineté pleine et entière du Maroc sur son Sahara".

Le Maroc peut compter sur un soutien de poids face aux pressions extérieures : les États-Unis. Le numéro deux de la diplomatie américaine, John Sullivan, a redit son soutien le 29 juin au plan d'action de Rabat.

"Nous soutenons le processus diplomatique de l'ONU et les efforts pour trouver une solution politique mutuellement acceptable au conflit qui apporte l'autodétermination au peuple du Sahara occidental", a déclaré John Sullivan. "Mais le plus important est notre dialogue avec le gouvernement marocain et notre soutien à ce que nous considérons comme un plan sérieux et réaliste."

Depuis 1991, la Mission des Nations unies pour l'organisation d'un référendum au Sahara occidental (Minurso) maintient la paix au Sahara occidental en attendant l'organisation d'une consultation de la population. Pour l'ONU, le Sahara occidental reste toujours le dernier territoire de l'Afrique au statut postcolonial non réglé.

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