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Au Havre, dans la ville d'Édouard Philippe, la chasse aux électeurs d'Emmanuel Macron

Dernière modification : 03/06/2017

© Alcyone Wemaëre, France 24 | Une vue du Havre depuis la plage.

Texte par Alcyone WEMAËRE

Dans la 7e circonscription de Seine-Maritime, où Edouard Philippe était député, aucun candidat En Marche n'a été investi. Les candidats PS, LR et PRG tentent chacun de capter les électeurs séduits par Emmanuel Macron. De quoi s'y perdre.

Dix-huit candidats, mais aucun investi par La République en Marche (LREM). C’est à n’y rien comprendre pour les habitants de la 7e circonscription de Seine-Maritime : Édouard Philippe, leur député depuis 2012 (qui était aussi leur maire pour beaucoup, puisque la circonscription comprend quatre cantons du Havre) a beau avoir été nommé Premier ministre par Emmanuel Macron, le parti n’a investi personne pour lui succéder à l’Assemblée nationale. Une façon de ménager le nouveau chef du gouvernement en lui évitant de faire campagne contre son ex-adjointe à la mairie du Havre, Agnès Firmin Le Bodo.

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Dans cette circonscription où, lors du premier tour de la présidentielle, Emmanuel Macron a fait jeu égal en tête avec Jean-Luc Mélenchon, cette absence de candidat LREM pour les législatives aiguise les appétits de plusieurs candidats et déboussole complètement les électeurs.

"S'ils n'ont mis personne en face de moi, c'est qu'ils ont dû juger que j'étais Macron-compatible"

Il y a d’abord Agnès Firmin Le Bodo, la candidate LR/UDI, "une femme de droite", comme elle se présente, "la favorite" du scrutin, comme elle est présentée. À l’instar de beaucoup d’élus proches d’Alain Juppé ou de Bruno Le Maire, elle a signé l’appel à répondre à "la main tendue par le président de la République". Et depuis quelques jours, un bandeau jaune fluo barre sur ses affiches de campagne : "Donnons une majorité à Édouard Philippe". S’est-elle vue proposée l’investiture LREM ? "Oui, mais j'ai refusé", a-t-elle dit à France 24 mardi 30 mai, en marge d’une réunion publique dans le quartier résidentiel de Sanvic, dans la ville haute.

Pas contre "un changement de méthode à la Philippe", elle refuse, en revanche, "un abandon de valeurs" : "J’ai pris ma carte au RPR à l’âge de 15 ans, ce n’est pas maintenant que je vais changer". Ce soir-là, la trentaine de personnes venues l’écouter sont, avant tout, des militants LR venus en voisins.

Réunion publique de la candidate LR/UDI Agnès Firmin Le Bodo dans le quartier résidentiel de Sanvic. © Alcyone Wemaëre, France 24

L’assemblée n’est pas des plus jeunes, mais il y a du beau monde : Antoine Rufenacht, figure tutélaire de la droite havraise et le prédécesseur d’Édouard Philippe à la mairie du Havre, est venu la soutenir. À la tribune, l’adjointe au maire assure vouloir faire du Havre le port naturel de Paris et vante son expérience, ses liens avec Édouard Philippe et les personnalités de la droite locale et nationale, dont Valérie Pécresse, présidente LR de la région Île-de-France.

Si elle parle volontiers d’Édouard Philippe et de "son" gouvernement ou de "son" action pour "alléger le code du travail", elle ne fait jamais référence à Emmanuel Macron. Sauf lorsqu’à l’issue de la rencontre, une dame, apparemment pas hostile à l’idée de donner la majorité au président de la République, vient l’interroger : des amis lui ont parlé d’un candidat pro-Macron. "Il n’y a pas de candidat En Marche ! sur la circonscription", répond fermement Agnès Firmin Le Bodo avant d’ajouter : "Mais s’ils n’ont mis personne en face de moi, c’est qu’ils ont dû juger que j’étais Macron-compatible".

>> À lire : "'Édouard, mon pote de droite' : portrait intime d'un ambitieux"

"La gauche, mais laquelle ? Le PS ? Et vous avez le moral ?"

Un peu plus tôt, le même jour, le candidat PS Matthieu Brasse avait garé son camion de campagne place Sainte-Catherine, au cœur quartier populaire de Mont-Gaillard, sorti de terre dans les années 1970 pour loger, à l’époque, les ouvriers du port. Opération : tractage et boîtage. Cet hamoniste soutenu par Martine Aubry en est persuadé : le scrutin est plus ouvert qu’il n’y paraît. "En 2012, Édouard Philippe, qui était pourtant maire du Havre, n’avait battu le candidat PS que de 775 voix", souligne-t-il. En pleine vague rose, la mobilisation de Sainte-Adresse, la Neuilly-sur-Seine locale, avait été décisive pour faire passer le candidat LR.

La belle performance de Jean-Luc Mélenchon au Havre lors du premier tour ne l’inquiète pas plus que cela : "La présidentielle, c’est un peu particulier, Mélenchon était devenu le candidat de la gauche. Aux législatives, on retourne dans sa famille politique", veut-il croire, alors que sur la circonscription La France Insoumise et le Parti communiste français n’ont pas réussi à tomber d’accord pour faire candidature commune.

>> À lire : La France insoumise de Mélenchon refuse tout accord avec les communistes

"Pour la gauche", dit le candidat socialiste en tendant son tract à une dame qui tire son chariot de courses. "La gauche, mais laquelle ? Le PS ? Et vous avez le moral ?", s’amuse la dame en relevant : "Vous l’avez mis en tout petit, le logo du PS". Issue d’une famille communiste, elle explique avoir voté Mélenchon au premier tour, avant de voter Macron. Pour les législatives, elle hésite, elle est favorable à la loi sur la moralisation de la vie publique. Matthieu Brasse lui explique qu’il n’y a pas de candidat LREM sur la circonscription. Elle l’interpelle : "J’espère que vous les voterez les lois quand elles seront bien ?" "C’est écrit dans mon programme : je voterai pour les propositions justes, je m’opposerai à celles qui augmentent les inégalités", répond-il. "Je pense que je vais voter pour vous… mais ça ne va pas suffire", devise la dame en partant.

Le candidat PS Matthieu Brasse dans le quartier de Mont-Gaillard. © Alcyone Wemaëre, France 24

Un homme passe en refusant le tract : "Je vais du côté du président". "Mais il n’y a pas de candidat En Marche sur la circonscription !", lui explique Matthieu Brasse. "Ah mince, je ne savais pas", dit l’homme, qui s’arrête finalement. "Je voterai les propositions justes", plaide de nouveau le candidat. "Finalement, je vais vous lire", dit le monsieur en repartant avec un tract.

"On ne veut pas d'une cohabitation"

"Pour donner une majorité à Macron." Jeudi 1er juin, à la mi-journée, sur le marché de la Mare rouge, connu pour être l’un des moins chers de la ville, deux jeunes distribuent des tracts en faveur d’Antoine Siffert. Quelques heures plus tard, on les retrouve en compagnie du candidat devant le centre commercial Auchan du quartier de Mont-Gaillard. "Aucun autre candidat ne soutient Macron à 100 %", fait valoir l’universitaire investi par le Parti radical de gauche (PRG). Alors que deux PRG ont fait leur entrée dans le gouvernement d’Édouard Philippe – Jacques Mézard à l’Agriculture et Annick Girardin à l’Outre-mer –, il s’estime "légitime" pour poursuivre "l’élan Macron".

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"Majorité présidentielle !", peut-on lire sur ses affiches électorales. La même inscription figurera sur le bulletin de vote à son nom le 11 juin. "Ne risquons pas une cohabitation. Votons clairement majorité présidentielle !", stipule désormais aussi un bandeau jaune sur ces affiches électorales. Une réponse sans équivoque au positionnement de la candidate LR : "On ne veut pas d’une cohabitation. Et si toutes les Agnès Firmin Le Bodo de France sont élues, c’est François Baroin qui sera Premier ministre", argumente le candidat issu de la société civile.

Antoine Siffert, le candidat PRG, tractant devant le centre commercial de Mont-Gaillard. © Alcyone Wemaëre, France 24

À 14 heures en pleine semaine, il n’y a pas foule devant le centre commercial. Mais voilà une dame avec un chapeau de paille sur la tête : "Je cherche qui est du côté de Macron pour lui donner les mains libres. On est obligés d’essayer", explique-t-elle. "Le seul pour la majorité présidentielle, c’est moi", répond Antoine Siffert en lui donnant son tract.

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