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Nkosazana Dlamini-Zuma à la tête de l’UA, une triple victoire sud-africaine

Dernière modification : 16/07/2012

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Texte par Charlotte BOITIAUX

L’ex-épouse du président Jacob Zuma est la première femme et la première anglophone à accéder au poste de présidente de la commission de l’Union africaine. Une victoire qui pourrait profiter par ricochet au président sud-africain.

Depuis environ six mois, elle bataillait pour prendre la place du président de la commission de l’Union africaine (UA). C’est désormais chose faite. Nkosazana Dlamini-Zuma, l’ex-épouse du président sud-africain Jacob Zuma, ancienne ministre de la Santé sous Nelson Mandela, a pris la tête dimanche soir de la grande instance dirigeante africaine.

À 63 ans, celle que l’on surnomme la "Dame de fer" de Pretoria, connue pour son caractère bien trempé et son militantisme sans faille contre l’apartheid, devient la première femme à occuper ce poste stratégique, après avoir évincé – d’une courte majorité - son rival et prédécesseur, le Gabonais Jean Ping, pourtant donné favori.

Entre les deux compétiteurs, la bataille fut rude, longue et dépassa la simple querelle d’ego. On assista moins à une bataille entre un homme - rompu aux négociations internationales – et une femme – au curriculum vitae assez fourni -, qu’à un âpre combat entre l’Afrique francophone et l’Afrique anglophone.

Une victoire anglophone

Il faut dire que la victoire avait tout d’un symbole sur le continent. En remportant le siège de patronne de la commission de l’UA, Nkosazana Dlamini-Zuma n’a pas simplement signé une victoire personnelle. Elle a permis à l’Afrique de la langue de Shakespeare d’accéder à un poste qui lui avait toujours été refusé. La commission de l’UA n’a, en effet, été dirigée que par des ressortissants de pays francophones depuis le premier président de la commission, Essy Amara (Ivoirien) jusqu'à Jean Ping (Gabonais) en passant par Alpha Oumar Konaré (Malien).

"Le continent africain est divisé en deux blocs. Le bloc de l’Afrique australe qui s’oppose au bloc de l’Afrique centrale, lui-même soutenu par l’Afrique de l’Ouest", note Caroline Dumay, correspondante de FRANCE 24 au Cap. Les pays francophones rechignaient à ce que Pretoria accède à la tête de l’UA, redoutant l’hégémonie de l’Afrique du Sud sur tout le continent africain", ajoute-t-elle. Une appréhension que la nouvelle patronne de la commission s’échine à éradiquer. Pour elle, il n’y a ni succès de Pretoria, ni revers pour Libreville, mais une victoire pour l’Afrique. "Je ne suis pas anglophone, je suis Zoulou", a-t-elle notamment affirmé tout en cherchant à rassurer les anxieux. "L’Afrique du Sud ne va pas déménager à Addis-Abeba [capitale éthiopienne où se trouve le siège de l’UA, ndlr] pour venir diriger l’Union africaine !".

Une victoire féministe

De son côté, Pierre Jacquemot, ancien ambassadeur de France à Kinshasa et spécialiste de l’Afrique à l’Institut des relations internationales et stratégiques (IRIS), insiste, lui, sur le caractère féminin de cette victoire – seulement dix ans après la création de l’UA. Un succès qui apparaît selon lui comme la preuve incontestable de la montée du leadership politique féminin sur le continent.

"On note un changement, une évolution. Ellen Johnson-Sirleaf a été réélue en novembre 2011 à la tête du Libéria, la Gambienne Fatou Bensouda a été élue procureure générale de la Cour pénale internationale (CPI) en décembre 2011, Joyce Banda dirige le Malawi depuis avril 2012. Et maintenant, une Sud-Africaine accède à la tête de l’UA, un autre poste-clé. Les choses évoluent", insiste-t-il.

Une victoire pour Jacob Zuma

Enfin, l’élection de Nkosazana Dlamini-Zuma fait le bonheur - par ricochet – de son ex-mari. Même si la rumeur laisse entendre que les relations entre les anciens époux sont assez délétères, le président sud-africain compte bien profiter du succès diplomatique de son ancienne épouse – qu’il a largement soutenue dans cette bataille électorale – pour se positionner favorablement lors des prochaines élections de son parti, le Congrès national africain (ANC), prévues dans cinq mois. "Ils ne s’entendent pas, bien au contraire. Les rumeurs disent même que le président avait appuyé sa candidature pour l’éloigner de Pretoria. Ce n’est pas sa meilleure alliée au sein du pays. Partie, elle lui laisse le champ libre pour sa réélection à la tête du parti et à long terme du pays", explique Caroline Dumay.

L’homme politique rêve aussi de reconnaissance internationale et n’a jamais caché son souhait d’incarner le leadership de l’Afrique sur l’échiquier international. "Pretoria a aujourd’hui un poids considérable. Et Jacob Zuma rêve de se servir de cette nouvelle stature politique afin d’exaucer un autre de ses vœux : accéder à l’ONU".

L’Afrique du Sud, en effet, souhaite que le Conseil de sécurité lui accorde un siège permanent pour représenter le continent africain. "Le pays se sent en position de force. L’Égypte, son concurrent direct, est occupé à gérer sa transition démocratique, le Nigeria, sérieux prétendant au poste, doit régler de nombreux problèmes de sécurité dans le nord de son territoire. Pretoria veut saisir l’occasion car elle sent qu’elle a une carte à jouer maintenant", conclut Pierre Jacquemot.
 

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