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Claude Bartolone, du "9-3" à la présidence de l'Assemblée nationale

Dernière modification : 29/06/2012

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Texte par Charlotte OBERTI

Longtemps dans l'ombre des ténors socialistes, le député de Seine-Saint-Denis a été élu à la présidence de l'Assemblée nationale, ce mardi, avec 298 voix. Une maison qu'il connaît par cœur pour y siéger depuis une trentaine d'années. Portrait.

À 60 ans et après trois décennies de bons et loyaux services comme député, ministre et président de conseil général, Claude Bartolone a été élu président de l’Assemblée nationale, ce mardi 26 juin, lors de l’ouverture de la session parlementaire.

L’élu de Seine-Saint-Denis a récolté 298 voix contre 185 à son adversaire, Bernard Accoyer, le président sortant présenté par l’UMP pour la forme. Le scrutin ne réservait, en effet, aucune surprise : depuis qu’il a été choisi au détriment de Jean Glavany, Élisabeth Guigou et Daniel Vaillant, la semaine dernière, par le groupe socialiste qui détient désormais la majorité absolue des sièges au Palais-Bourbon avec ses proches alliés, son élection ne faisait aucun doute.

Les écologistes votent blanc

Les députés ont voté à bulletin secret pour le président de l'Assemblée nationale, un scrutin pour lequel les écologistes ont décidé de voter blanc pour protester contre le refus du PS de leur accorder la présidence de commission qu'ils réclamaient.

"Au vu du mode de gestion de la majorité en ce début de législature, nous votons blanc", a indiqué à l'AFP le président du groupe écologiste, François de Rugy. Le PS a en effet refusé d'accorder aux écologistes la présidence de la commission du Développement durable de l'Assemblée, qu'ils réclamaient. (avec AFP)

Pour celui qui a été écarté de l’équipe gouvernementale concoctée par Jean-Marc Ayrault et qui a plutôt bonne presse dans l’ensemble de l’hémicycle, il s’agit d’une forme de reconnaissance. L’œil rieur, "Barto" le clâme, lui, haut et fort depuis la fin des législatives : il est prêt pour le perchoir. "Mon parcours, à la fois personnel et politique, me qualifie pour pouvoir prétendre à cette fonction," affirmait-il, le 18 juin, au micro de BFMTV.

L’élu du "9-3"

Fin connaisseur des rouages de l’Assemblée nationale et du parti à la rose, Claude Bartolone mérite, en effet, le titre d’éléphant du Parti socialiste (PS). Né à Tunis en 1951, l’ancien ministre de la Ville du gouvernement Jospin (1998-2002) rejoint les socialistes dès 1974 et devient l’un des benjamins du Palais-Bourbon après sa victoire aux législatives de 1981 en Seine-Saint-Denis. Un département auquel il a voué une fidélité durable puisqu’il y a été élu sans discontinuer pendant 30 ans.

Président du Conseil général de Seine-Saint-Denis depuis 2008, ce parlementaire aguerri issu d’un milieu modeste se targue de représenter le département le plus jeune et le plus pauvre de France. Qui plus est, un département qui a voté pour François Hollande à plus de 65 % lors la présidentielle. Et pourtant, pas de place pour lui dans le gouvernement Ayrault. "Cela m’a gêné que la Seine-Saint-Denis ne soit pas représentée" au sein de l’exécutif, a-t-il avoué après l’annonce de la formation du gouvernement, sur les ondes de France Culture : "c’est un département symbolique de ce qui devra être fait par le prochain gouvernement".

Son élection au perchoir résonne donc comme une consolation. Une belle consolation, puisqu'il hérite de la quatrième fonction de l'État dans l'ordre protocolaire.

Convivialité

Diplômé en sciences, cet ancien cadre de l’industrie pharmaceutique est une personnalité appréciée. "Claude a un véritable amour des gens" grâce auquel "il nourrit son action politique", rapporte dans les colonnes de L’Express Martine Aubry, dont il fut l’un des précieux soutiens lors du Congrès de Reims de 2008 et des primaires socialistes de 2011.

Loué pour ses qualités humaines et professionnelles au sein de sa famille politique - dont il intègre la direction en 1988 -, il est également reconnu jusque sur les bancs de l’opposition. "C’est un homme cordial, j’ai toujours eu d’excellents rapports avec lui", confie Claude Goasguen, député-maire UMP du 16e arrondissement de Paris, contacté par FRANCE 24. "On peut discuter avec lui, il n’a pas l’image de quelqu’un de sectaire."

Consensuel, Claude Bartolone a d’ailleurs affirmé qu’il entendait être un "président qui assure à l’opposition" d’être "reconnue et totalement à sa place" au sein de l’Hémicycle.

Ce que semble croire Claude Goasguen : "parmi les quatre candidats, c’était le meilleur choix. Tout ce que j’espère, c’est qu’il prenne des initiatives qui lui permettent de se démarquer de l’étreinte d’un parti majoritaire, et je pense qu’il peut le faire car il est habile."

La raison de cette image positive : "Son côté méditerranéen, chaleureux, volubile", selon le député UMP. Fils d'un père italien et d'une mère maltaise, son tempérament de bon vivant blagueur n’est pas sans rappeler celui de l’actuel chef de l’Etat.

Sortir de l’ombre

Avec François Hollande, les relations ont toujours été cordiales, bien que Claude Bartolone ait, par le passé, été davantage proche de Laurent Fabius ou de Martine Aubry que de l’actuel locataire de l’Elysée. Le principal désaccord entre lui et François Hollande date de 2005. Lors du référendum sur le traité européen, alors que le futur chef de l’État s’engage dans une campagne active en faveur du "Oui", lui se rallie derrière le "Non".

Fidèle bras droit de l'ancien Premier ministre Laurent Fabius pendant plus de 20 ans, il est l'un des artisans de la victoire de Martine Aubry lors de la bataille fratricide pour la tête du PS, en 2008. Après l’échec de cette dernière aux primaires socialistes de 2011, son soutien se porte vers François Hollande.

Chargé des relations extérieures pendant la campagne présidentielle, il n’occupe pas le devant de la scène, où s’affichent les figures montantes du parti, telles que Najat Vallaud-Belkacem et Manuel Valls. Contrairement à ce mardi, au cours duquel cet amoureux de la République est officiellement passé de l’ombre à la lumière.

 

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