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ÉGYPTE

Le pays suspendu à l’état de santé de Moubarak et aux résultats de la présidentielle

Dernière modification : 20/06/2012

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Texte par Julien PEYRON

L'annonce puis le démenti de la mort de l’ancien président Hosni Moubarak ont été accueillis avec incrédulité en Égypte, où la population est toujours dans l'attente du résultat de l'élection présidentielle.

Les annonces contradictoires se succèdent depuis deux jours en Égypte, tant sur le nom du vainqueur de la présidentielle que sur l’état de santé de l’ex-président, Hosni Moubarak. Âgé de 84 ans, l'ancien raïs a été victime d'une attaque cérébrale dans la nuit du mardi 19 au mercredi 20 juin et transféré de la prison de Tora, où il purge une peine de prison à perpétuité, à un hôpital du sud du Caire.

L'agence officielle égyptienne Mena a, un temps, annoncé sa "mort clinique", avant que la télévision publique et des sources médicales et militaires ne démentent cette information, assurant qu'Hosni Moubarak se trouve dans le coma et a été placé sous respiration artificielle.

La santé de Moubarak, objet de rumeurs depuis des semaines

Présent mardi soir place Tahrir, au Caire, l'envoyé spécial de FRANCE 24, Gallagher Fenwick, a pu constater le scepticisme avec lequel ont été accueillies ces informations contraires par les Égyptiens qui manifestaient à nouveau en ce lieu devenu le symbole de la révolution. "Une énorme confusion régnait sur la place. Ces différentes informations ont été prises avec beaucoup de méfiance. Il faut dire que de nombreuses rumeurs circulent depuis des semaines concernant la santé de Moubarak", explique-t-il.

Également présente sur place, la journaliste Pauline Garaude a pu recueillir le témoignage de Chadil, un jeune homme appartenant au Mouvement du 25-Janvier à l’origine de la révolution. "Je m’en fiche que Moubarak soit mort. L’important, c’est pas lui, c’est la révolution", confiait-il. Lui aussi se méfie des annonces intempestives : "On ne sait même pas s’il est mort. Les médias ont tellement l’habitude de nous mentir que je ne sais pas si on doit les croire".

Spécialiste du Moyen-Orient, Gilles Kepel assure, pour sa part, qu'il n'est pas surpris du peu d'intérêt suscité par ces nouvelles. "On a l’impression que Moubarak appartient au passé. Aujourd’hui, l’enjeu principal, pour les Égyptiens, est de savoir qui va remporter l'élection présidentielle", analyse-t-il. De fait, ce n'est pas l'annonce prématurée de la mort de Moubarak qui a fait descendre la foule, mardi soir, place Tahrir, mais un rassemblement politique. La foule était réunie à l'appel du candidat des Frères musulmans, Mohammed Morsi, qui avait appelé ses supporters à venir célébrer sa "victoire".

"Comédie électorale"

Au-delà de l'état de santé de celui qui a passé 30 ans à la tête de l'Égypte, c'est en effet l'avenir du pays tout entier qui se joue actuellement au Caire. Les tensions politiques sont exacerbées, trois jours après la tenue du second tour de l'élection présidentielle qui doit départager le candidat des Frères musulmans, Mohammed Morsi, et l'ancien Premier ministre de Moubarak, Ahmed Chafik. Si les résultats officiels sont attendus pour jeudi, les deux candidats ont d'ores et déjà revendiqué la victoire.

Présent au Caire depuis plusieurs jours, Gilles Kepel parle d'un "flottement général" régnant depuis plusieurs jours dans la capitale égyptienne : "La confusion au sommet de l’appareil militaire se manifeste dans la gestion des résultats de l'élection. On a laissé annoncer la victoire de Morsi, semant la consternation des milieux proches de Chafik. Et, depuis quelques heures, des radios et des télévisions donnent la victoire à Chafik. L’annonce et le démenti du décès de Moubarak s’inscrivent d'ailleurs parfaitement dans cette espèce de ‘comédie électorale'".

La situation est d'autant plus tendue que l'armée s'est octroyée encore davantage de pouvoir, samedi, après avoir décidé de dissoudre l'Assemblée du peuple dominée par les islamistes. Les Frères musulmans dénoncent un "coup d'État constitutionnel" qui empêchera le prochain président de faire passer la moindre loi sans l'assentiment de l'armée. Gilles Kepel y voit, lui, une "volonté de déstabilisation visant à empêcher la mobilisation des adversaires du général Chafik".

Les prochaines heures s'annoncent cruciales dans le pays, qui est toujours sans Constitution, sans chef d'État et dont l'ancien président est désormais entre la vie et la mort.