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A l’E3, le jeu vidéo veut s’adapter aux nouveaux usages

Dernière modification : 03/06/2012

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Texte par Sébastian SEIBT

Grave crise ou nouveau départ ? Le salon du jeu vidéo de l’E3 à Los Angeles devrait, cette année, être le reflet d’une industrie qui tente tant bien que mal de tirer profit de l’explosion du jeu sur mobile et internet.

Le jeu vidéo ne sait plus où donner du pixel. Cette industrie, qui pèse 42 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2011, hésite entre optimisme et alarmisme. La grand messe du secteur, l’E3 (Electronic entertainement expo) qui se tient à Los Angeles cette année du 5 au 7 juin, devrait refleter l'état d’esprit d’une filière qui ne sait pas sur quelle console danser.

“Alors qu’à la fin 2011, tout le monde pensait que l’E3 2012 serait l’un des plus impressionnants avec trois nouvelles consoles de jeu annoncées, il semblerait dorénavant que seul Nintendo concrètise l’essai en dévoilant la version définitive de sa Wii U”, regrette Jamie Feltham, spécialiste du jeu vidéo et l’un des responsables du site britannique ThatVideoGameBlog. Microsoft et Sony, les deux autres constructeurs, ont laissé entendre qu’il ne fallait pas s’attendre à découvrir cette année les successeurs de la Xbox 360 et de la PS3.

Ventes de jeux vidéo en baisse

Une réticence qui s’explique en partie par un contexte économique difficile. La crise qui secoue le monde depuis 2008 n’a pas épargné le jeu vidéo. Avec moins d’argent en poche, les consommateurs dépensent moins en loisirs numériques... CQFD ? Aux États-Unis, marché de référence, cette frilosité dépensière est flagrante : en 2011, les ventes de jeux vidéo, en magasin, ont baissé de 8% après avoir déjà chuté de 10% en 2010. “La distribution numérique [achat depuis un site internet, NDLR], progresse (+20% en 2011) mais ne permet pas encore de compenser cette diminution des ventes en magasin”, souligne le quotidien américain USAToday.

L’année 2011 a également été marquée par d’autres mauvaises nouvelles qui ont dû ajouter à la frilosité de Microsoft et Sony. Ainsi, Activision-Blizzard, premier éditeur de jeux vidéo au monde et machine à cash à l’origine de succès tels que la série des Call of Duty ou le jeu massivement multijoueurs (MMO) World of Warcraft, s’est séparé de 8% de ses effectifs en février 2011. Le géant japonais Sony n’a, en outre, rencontré qu’un succès mitigé - malgré un optimisme de façade - avec la PS Vita, sa dernière console portable lancée en février en Europe. Alors qu’elle était disponible depuis décembre au Japon, il ne s’en était vendu 1,8 millions d’exemplaires dans le monde fin mars. En clair : la période n’est pas propice aux grands lancements prestigieux de nouvelles consoles qui doivent être des succès dans les premiers mois au risque de plomber l’image d’un constructeur.

Renouveau

Mais Microsoft, Sony, Nintendo et tous les éditeurs, comme le Français Ubisoft ou l’Américain Electronic Arts, peuvent difficilement rester les bras croisés alors que toutes les études montrent que le secteur vit une profonde mutation des usages et de sa géographie. Une large enquête du cabinet américain d’études PWC montre que d’ici 2015, le marché du jeu vidéo aura atteint 67 milliards d’euros mais que la grande partie de cette manne financière proviendra des jeux sur mobile et sur Internet (réseaux sociaux et autres) et surtout des pays émergents. Ainsi, la Chine devrait-elle devenir dès 2012 le deuxième marché pour le jeu vidéo juste derrière les États-Unis, prenant la place du Japon.

Le cycle de vie des consoles - qui est traditionnellement entre 5 ans et 7 ans - ne fait donc plus la pluie et le beau temps sur ce marché. C’est pourquoi la priorité des constructeurs n’est pas de sortir au plus vite leur dernière console - même si celà reste important en termes d’image - mais surtout de tenter de tirer son épingle du jeu 2.0.

Ainsi, l’E3 ne sera peut-être pas - Nintendo mis à part - le rendez-vous des grandes annonces cette année mais davantage celui des orientations stratégiques. “Microsoft devrait dévoiler des nouveautés qui pousseront les joueurs à utiliser davantage les services en ligne [comme le jeu en ligne, l’achat de musique ou de films en ligne, NDLR] de sa consoles Xbox 360”, prédit ainsi l’EDEAR, une société d’analyse financière spécialisée dans l’industrie du divertissement, dans une note sur les enjeux de l’E3 cette année.

Sony envisagerait de son côté de mettre en place un service de jeux dans le "cloud" (c'est-à-dire que chacun stockerait ses données de jeu sur des serveurs en ligne). Une évolution qui accelèrerait la dématérialisation de l'industrie des jeux vidéo.

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