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Le président malien à Paris pour des examens médicaux

Dernière modification : 24/05/2012

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Texte par Dépêche

Dioncounda Traoré a pris mercredi la direction de Paris pour y subir des examens médicaux. Il a été agressé lundi près de Bamako par des manifestants hostiles à son maintien à la présidence au-delà de la période d'intérim.

AFP - Le président malien de transition, Dioncounda Traoré, a quitté mercredi Bamako pour Paris, selon le gouvernement pour un rendez-vous médical fixé de longue date et tombant deux jours après son agression dans son bureau par des manifestants hostiles à son maintien au pouvoir.

Par ce déplacement, M. Traoré, 70 ans, "a honoré un rendez-vous médical fixé de longue date. (...) Il reviendra au pays dès que son médecin avisera à ce sujet", a déclaré mercredi soir à la télévision publique ORTM le ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, Hamadoun Touré.

Son départ intervient quelques heures après la désignation unilatérale par les partisans du capitaine Amadou Haya Sanogo, chef des auteurs du coup d'Etat du 22 mars, comme "président de la transition" en lieu et place de Dioncounda Traoré.

"Par un malheureux hasard des évènements", son déplacement a lieu "deux jours après l'attaque perpétrée contre lui" dans son bureau même à Koulouba, siège du complexe présidentiel près de Bamako, a affirmé le ministre Touré.

Pour Boubacar Diarra, un conseiller de M. Traoré, son départ n'entraîne pas "de vacance du pouvoir". Avant l'agression, "il était prévu qu'il y aille pour un contrôle".

Dioncounda Traoré a été frappé par des manifestants favorables aux putschistes. Blessé, mais sans lésions graves d'après ses examens médicaux, il a été brièvement hospitalisé.

La transition d'un an qu'il préside a débuté mardi: il a été désigné au-delà des 40 jours constitutionnels suivant son investiture du 12 avril à la suite d'un accord entre lui-même, le capitaine Sanogo, et la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cédéao).

En vertu de cet accord qui fixe la transition à un an, le capitaine Sanogo - qui avait accepté le 6 avril de rendre le pouvoir aux civils, mais dont les hommes restaient influents à Bamako - obtient le statut d'ancien chef d'Etat avec tous les privilèges liés à ce rang, indemnités, logement, gardes, voiture.

Le départ pour Paris de Dioncounda Traoré suit la tenue d'une "convention" des membres de la Coordination des organisations patriotiques du Mali, (Copam, pro-putsch) qui, dans la nuit de mardi à mercredi, ont décidé "d'instituer président de la transition le capitaine Amadou Sanogo", en l'absence de l'officier.

Et la Copam entend l'installer dès jeudi, a annoncé un de ses responsables, Mohamed Tabouré, lors d'un meeting mercredi après-midi à Bamako. "Nous allons l'investir. Dès demain (jeudi), nous allons monter à Kati", quartier général des putschistes près de Bamako, "pour dire au capitaine de se préparer à s'installer à Koulouba", a dit M. Tabouré, sans plus de précisions.

"Monument des Martyrs" détruit

C'est en marge d'un rassemblement de la Copam, lundi, que l'agression de M. Traoré avait été commise à Koulouba, où les bureaux d'autorités ont été investis par des centaines de manifestants hostiles, en dépit de la présence de nombreux militaires.

Jusqu'à mercredi soir, le capitaine Sanogo n'avait pas publiquement réagi à la décision des pro-putsch de le nommer chef de la transition.

"Il ne répondra pas. (...) Il y a un président de la transition, il est connu, c'est Dioncounda Traoré, a déclaré mercredi à l'AFP Abdoulaye Kanté, un des dirigeants de l'Alliance pour la démocratie au Mali (Adéma) de M. Traoré, principale formation politique du front anti-putsch.

La confusion qui règne à Bamako continue de profiter aux groupes armés, dominés par des islamistes dont Ansar Dine (Défenseur de l'islam) et d'Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), qui sont en train d'asseoir leur emprise sur le nord du Mali. Ils occupent depuis près de deux mois avec d'autres mouvements, dont la rébellion touareg.

Mercredi, des islamistes ont détruit à Tombouctou le "Monument des Martyrs" de la ville, rendant hommage aux victimes de la lutte contre la dictature du général Moussa Traoré en 1991. Ils avaient déjà détruit le monument El Farouk, un cheval symbole de Tombouctou, et profané un mausolée. L'Unesco a fait part de son inquiétude concernant les célèbres manuscrits de la ville dont beaucoup datent de l'âge d'or de Tombouctou, entre le XIIème et le XVème siècles.

L'alliance Ansar Dine/Aqmi a par ailleurs confisqué et brûlé dans des boutiques de nombreux cartons de cigarettes. De jeunes fumeurs ont été fouettés.

La tension politique affecte également les médias: des hommes non identifiés ont incendié cette semaine dans la région de Ségou (centre), sans faire de blessés, une station du réseau de radios Kayira, appartenant au parti politique Sadi, pro-putsch.

Mercredi, l'organisation Reporters sans frontières (RSF) a annoncé qu'un journaliste malien de la presse privée, Baba Ahbi, basé à Bamako, était porté disparu depuis le 12 mai. Cette information n'avait pu être confirmée immédiatement par l'AFP à Bamako.

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