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AFFAIRE KARACHI

Sarkozy aurait donné son aval à un circuit de commissions en 1994

Dernière modification : 02/01/2012

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Texte par Dépêche

Selon un témoin, Nicolas Sarkozy, alors ministre du Budget, aurait validé, en 1994, un montage financier lié aux ventes d'armes au Pakistan. Des déclarations, publiées par "Libération", qui invalident la défense élyséenne dans l'affaire Karachi.

REUTERS - Nicolas Sarkozy était au courant du versement de commissions en marge de la signature d'un contrat d'armement entre la France et le Pakistan à l'époque où il était ministre du Budget, écrit lundi Libération.

Le quotidien s'appuie sur le procès-verbal de l'audition D'un ancien haut fonctionnaire du ministère de la Défense, Gérard-Philippe Menayas, selon lequel Nicolas Sarkozy, ministre du Budget en 1994, aurait donné son accord à la création d'une société basée au Luxembourg chargée de percevoir des commissions destinées à rémunérer des intermédiaires.

Selon le journal, les juges chargés de l'enquête estiment que ces commissions ont pu générer des "rétrocommissions" destinées à financer la campagne à la présidentielle de 1995 en France de l'ancien Premier ministre Edouard Balladur, dont Nicolas Sarkozy était le porte-parole.

Cette piste était déjà évoquée dans un rapport de police luxembourgeois versé au dossier.

François Hollande, candidat socialiste à l'élection présidentielle de 2012, a réagi en demandant par l'intermédiaire d'un porte-parole que toute la lumière soit faite sur les contrats d'armement au centre de ce dossier, appelé "affaire Karachi", et sur le rôle joué par les différents intermédiaires.

"Sur cette affaire grave, la vérité est un devoir d'Etat", écrit dans un communiqué Bernard Cazeneuve, qui réclame en outre la levée du secret défense sur l'ensemble des documents relatifs aux contrats concernés.

Pour Eva Joly, candidate écologiste à la présidentielle, il est désormais "nécessaire et inéluctable" que Nicolas Sarkozy soit entendu par la justice.

"Toute la lumière doit être faite sur son rôle, ainsi que sur celui de Monsieur Balladur dans cette affaire", écrit-elle dans un communiqué.

Des documents saisis par les juges démontrent la création au Luxembourg de deux sociétés, Heine et Eurolux, pour recevoir l'argent des argent des "rétrocommissions".

Selon le rapport de police luxembourgeois, ces sociétés ont été créées avec l'aval d'Edouard Balladur et de Nicolas Sarkozy.

Sarkozy se dit étranger à l'affaire

L'ancien ministre UMP Renaud Donnedieu de Vabres a été mis en examen dans ce dossier le 15 décembre dernier.

"D'après son procès-verbal d'audition que nous avons pu consulter, l'ancien directeur administratif et financier de la DCNI, la branche internationale de la Direction des constructions navales (DCN devenue DCNS, NDLR), a déclaré au juge (Renaud Van Ruymbeke) que Nicolas Sarkozy avait donné son accord en 1994 à la création de la société luxembourgeoise Heine", écrit Libération.

"Plusieurs auditions révèlent que Sarkozy a validé les commissions pour les ventes d'armes au Pakistan, revenues financer la campagne de Balladur. La ligne de défense du président est entamée", poursuit le quotidien.

Le 22 septembre, Nicolas Sarkozy s'était déclaré "totalement étranger" à cette affaire.

Les "rétrocommissions" évoquées proviendraient de commissions légales convenues en marge de la vente de sous-marins au Pakistan (84 millions d'euros) et de frégates à l'Arabie saoudite (200 millions d'euros) dans les années 1990.

Un lien est envisagé avec un attentat au Pakistan ayant tué 15 personnes en 2002 dont 11 ressortissants Français travaillant à la fabrication des sous-marins.

Deux proches de Nicolas Sarkozy, Nicolas Bazire - ex-directeur de campagne d'Edouard Balladur - et Thierry Gaubert, ancien conseiller du président français, sont déjà mis en examen dans ce dossier, ainsi que Ziad Takieddine, intermédiaire dans les deux contrats.

L'Elysée n'a pas réagi dans l'immédiat aux informations de Libération.

Nicolas Sarkozy a été ministre du Budget de 1993 à 1995.

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