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INTERVIEW

En Libye, "la Chine veut améliorer son image auprès des pays occidentaux"

Dernière modification : 22/06/2011

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Texte par Steven JAMBOT

Après avoir refusé de prendre parti en Libye, la Chine a reçu à Pékin le président du Conseil national de transition (photo) libyen, déclarant que le CNT était un "interlocuteur important". La diplomatie chinoise est-elle en train de changer de cap ?

Trois semaines après les premiers contacts tissés entre la Chine et les opposants à Mouammar Kadhafi, le ministre chinois des Affaires étrangères, Yang Jiechi, a reçu mardi Mahmoud Jibril, le président du Conseil national de transition (CNT) libyen. Pékin estime que "la situation ne peut plus durer" en Libye et que pro-Khadafi et rebelles devraient se retrouver à la table des négociations. En reconnaissant l’importance du rôle joué par le CNT, la Chine rompt avec sa politique de non-ingérence dans ce conflit.

Jean-Pierre Cabestan est le directeur du Département des études internationales de l’Université baptiste de Hong Kong.

FRANCE 24 : Pourquoi la Chine, qui est plutôt adepte de la non-ingérence, a-t-elle reçu à Pékin Mahmoud Jibril ?

Jean-Pierre Cabestan : La Chine fait preuve de pragmatisme, elle prend en compte la réalité du terrain. Elle a vu que Mouammar Kadhafi a perdu l’appui de la Ligue arabe et de la Russie et que la situation est plutôt favorable aux rebelles. De plus, les relations qu’elle entretenait avec lui se sont distendues, Kadhafi ayant de mauvais rapports avec certains dirigeants africains amis de la Chine.

Économiquement, la Chine avait vu qu’il y avait des choses à faire en Libye. Elle a véritablement commencé à y investir dans le pétrole et la construction à partir de l’année 2003, au moment où le régime est redevenu fréquentable pour l’Occident. 36 000 Chinois travaillaient en Libye au moment où le mouvement insurrectionnel a commencé. Tous ont été évacués en février-mars mais on imagine bien que Pékin compte les faire revenir.

Pourrait-on voir la Chine jouer un rôle d’intermédiaire entre les belligérants ?

J.-P. C. : Ce serait une première et la Chine jouerait à un jeu risqué. Elle est là sur un terrain nouveau. Elle est consciente des échecs récents de médiation (de l’Union africaine, de l’Afrique du Sud, de la Russie) et se montre donc assez prudente. Si elle se met à jouer un rôle d’intermédiaire, ce sera donc de façon discrète. D’ailleurs, la Chine n’a pas encore reconnu officiellement le CNT. Si toutefois elle arrive à montrer qu’elle peut jouer un rôle, elle aura marqué un point. Cela dit, on ne voit pas bien ce qu’elle peut proposer. Pour l’instant, elle souhaite que les belligérants discutent pour obtenir un accord politique : c’est irréaliste en l’état actuel des choses.

Le message adressé par Pékin est donc de l’ordre du symbolique ? Peut-on dire qu’il y a un avant et un après "guerre en Libye" dans la diplomatie chinoise ?

J.-P. C. : Pékin appelle toujours au cessez-le-feu et critique les frappes de l’Otan. C’est un peu de l’hypocrisie car, en s’abstenant au moment du vote de la résolution 1973 au Conseil de sécurité de l’ONU, les Chinois savaient que son objectif final était de faire tomber le régime du colonel Kadhafi. En fait, la Chine a voulu améliorer son image auprès des pays occidentaux, notamment en votant pour la résolution 1970 qui condamne l'attaque des civils et permet de saisir le procureur de la Cour pénale internationale.

Ses dernières prises de position sur la Libye marquent une évolution nette de la position chinoise en cas de crise interne dans un pays. Plus globalement, elles s'inscrivent aussi dans le cadre d’une diplomatie chinoise très active à l’ONU. Pékin veut s’affirmer en tant que membre permanent. Mais quand il s’agit de son pré-carré [Tibet, Taïwan, NDLR], il se montre moins pragmatique.

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